De la porcelaine aux artistes...En 1889, GAUGUIN écrivait : "la céramique n'est pas une futilité. Dieu fit l'homme avec un peu de boue. Avec un peu de boue on peut faire du métal, des pierres précieuses, avec un peu de boue et aussi du génie !"
Fauve avant la lettre et potier jusqu'au bout des doigts, puisqu'il fit jusqu'à 160 céramiques, GAUGUIN est le premier à remettre cette pratique à l'honneur. Ce faisant, il jette un violent coup de pied dans la fourmillière de l'académisme qui régnait, ô combien, chez les céramistes. Son idée est extrêmement moderne et ne sera reprise plus tard que par DUFY et surtout par PICASSO à Vallauris. L'artiste ne doit pas se contenter de faire un énième "décor" sur un vase ou une assiette, ou de transposer simplement un dessin ou une peinture qui s'y prête. Il doit revoir la forme, la façonner, faire oeuvre de sculpture en quelque sorte. Eternel dilemme qui perdure encore aujourd'hui lorsque la Manufacture de Sèvres invite des artistes. GAUGUIN avait eu la prémonition d'une nécessaire collaboration entre artistes et artisans : "Puisqu'ils veulent faire du beau et du moderne, qu'ils le fassent complètement et qu'en dehors du beau côté de la couleur qu'ils obtiennent, ils apportent des formes de vases autres que des formes mécaniques connues. Qu'ils s'associent avec un artiste." C'est ce que fera le maître céramiste André METTHEY. Depuis l'Art nouveau, depuis GALLÉ, depuis les préceptes de William MORRIS et de l'Arts & Crafts Society, qui ne séparent les arts dits mineurs des autres, la faïence s'impose. METTHEY est habile. Il sait copier l'ancien Rouen, l'ancien Nevers, l'ancien Delft. Il rêve d'une résurrection. Lui aussi pense à écarter l'habituel dessinateur de fabrique pour le remplacer par un artiste contemporain. METTHEY ne dédaigne pas les terres plus communes, snobées par Sèvres notamment. Avec un mélange de tere verte de Fresnes, de marne de Meudon et de sable de Fontenay-aux-Roses, il espère intéresser les artistes. Entre 1906 et 1907, il va attirer à Asnières, où il a un atelier, de nombreux peintres, dont les Fauves mais aussi les Nabis et autres plus indépendants. Le marchand Ambroise VOLLARD lui demande de se mettre à disposition de ses poulains : Bonnard, Denis, Derain, Matisse, Laprade, Ker-Xavier, Roussel, Rouault, Valtat, Vlaminck... Y firent aussi un tour Odilon Redon, Puy, Vuillard. Tous exposeront le fruit de leurs travaux au Salon d'automne de 1907. Beaucoup de succès d'estime, aucun débouché commercial. Les artistes se dirigeront vers d'autres cieux expérimentaux et Metthey retrounera à ses fours.
4 oeuvres d'André MATTHEY L'expérience aura été intéressante mais courte, sans doute pas suffisamment aboutie. C'est encore Matisse qui tirera le mieux son épingle du jeu car il va introduire la céramique "dans" ses tableaux, à l'intérieur même de l'espace de l'oeuvre, la faisant participer à la construction colorée de la toile. |
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